Prisons (3/6)

Les conditions de détention

Difficile d'aborder le thème de la prison, sans évoquer les conditions de détention aujourd'hui, tant celles-ci sont méconnues et sous-estimées dans leur atrocité.

Dans ce domaine, les images sont très parlantes. Voici une mise en bouche, avec une enquête du Monde faisant intervenir des incarcérés qui filment leur quotidien à Fleury-Mérogis:

Prisons, la honte de la république constitue un documentaire plus long et plus complet. Réalisé par Canal+, voici quelques extraits provenant de youtube:

De nombreux livres ont été écrits sur le sujet, dont le médiatisé “Médecin-chef à la Santé” de Véronique Vasseur. Livre grand public, mais néanmoins choquant pour quelqu'un qui ne s'est jamais intéressé au sujet auparavant. Des sociologues ont écrit, et des rapports ont été rédigés, dont ceux de l'OIP et du Sénat.

Surpopulation 1, conditions d'hygiène épouvantables, “traitements brutaux et propos racistes, humiliation des familles et des visiteurs, misère matérielle et violences quotidiennes, [sont] depuis longtemps très bien [documentés].” 2

Nous ne nous attarderons pas sur les chiffres, les lois, les affaires, etc, car ce n'est pas l'endroit. Cependant, ce constat “alarmiste” des conditions de détention nous interroge: comment se fait-il qu'en démocratie, la population soit à ce point mal informée sur la vie dans ses prisons?

Plusieurs réponses peuvent sans doute être données. Une première explique en bonus notre ignorance à propos de la françafrique, de la corruption, de la pauvreté, de l'écologie, de la guerre, et ainsi de suite: nous imaginons très bien la barbarie, mais nous préférons nous protéger, ne pas connaître les détails, car nous avons déjà suffisamment de soucis au quotidien. Et il y a largement de quoi avoir peur, être dégoûté, en étudiant certaines choses de trop près. Pourquoi se faire du mal, alors que de toute façon on ne pourra rien y changer?

Mais il existe aussi une réponse plus spécifique à la réalité de la prison: nous pensons généralement que ce système est justifié. S'il est juste d'envoyer des personnes en prison, alors le problème des conditions de détention devient accessoire. Pourquoi s'inquiéter de l'inconfort réservé aux criminels: ils n'ont que ce qu'ils méritent.

Or, pour nous, la question est là, plus que sur les conditions de vie. Avant de nous interroger sur l'amélioration de celles-ci, posons-nous d'abord la question de la justification de l'enfermement. Plus précisément, cette question doit être celle de la privation de liberté comme punition, car personne n'est dupe, il est impossible pour la prison de réhabiliter, ou de réinsérer, qui que ce soit.

Aujourd'hui, qui va en prison? >>

  • 1. ”La surpopulation carcérale en France est notoire et touche massivement les courtes peines et les prisonniers en attente de leur jugement. En 2003, un rapport du Comité européen de prévention de la torture, un organe du Conseil de l'Europe, avait fait état de « traitements inhumains et dégradants » dans les prisons françaises, conséquences de leur surpopulation.” Wikipedia
  • 2. Loïc Wacquant. « La prison est une institution hors-la-loi », Entretien autour des Prisons de la Misère. (source ici)