Le salaire

Définition

Voici quelques explications glanées dans le dictionnaire politique du site toupie.org:


Le salariat est un mode d'organisation du travail basé sur la rémunération de celui qui loue sa force de travail. Le salarié passe un contrat avec son employeur, qui peut être un individu, une association, une entreprise, un Etat... Le contrat se caractérise par un lien de subordination juridique envers l'employeur. En échange du travail effectué, le salarié reçoit une rémunération, mensuelle en général, ainsi que le financement de sa protection sociale.

Issu de la "révolution industrielle", le salariat est le mode d'organisation du travail majoritaire dans le capitalisme. On parle de société salariale. En France, la population active est constituée à environ 90% de salariés (65% en 1954). Les autres sont essentiellement les travailleurs indépendants (exploitants agricoles, artisans, commerçants, professions libérales).

Selon la jurisprudence, trois critères sont nécessaires pour que soit établie l'existence d'un contrat de travail :
- une prestation de travail réalisée pour autrui,
- une rémunération (en espèces ou/et en nature),
- un lien de subordination dans l'exécution du travail à un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres, des directives, qui peut contrôler l'exécution du travail et sanctionner d'éventuels manquements.

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Historique

Les premiers ouvriers de la révolution industrielle reçurent un salaire en échange de leur travail. Cette somme d'argent leur était nécessaire pour vivre, puisque par cette révolution ils avaient perdu leur autonomie (alimentaire, notamment). Ce salaire leur servait donc uniquement à couvrir leurs besoins de base. Ils étaient payés une misère.

Puis, avec le développement de l'industrie capitaliste, une augmentation de ce salaire est devenue nécessaire. L'organisation scientifique du travail rendait la vie extrêmement pénible pour les ouvriers, qui quittaient rapidement leur poste. Une augmentation des salaires les incita à rester un peu plus. Henry Ford est devenu célèbre, notamment en payant ses salariés Five dollars a day (Cinq dollars par jour). Cette augmentation contrainte s'est pourtant révélée gagnante pour lui: “les salariés recevaient effectivement des salaires plus élevés mais en échange d'une discipline et d'un attachement au poste qui renforçait encore la productivité des ouvriers et ceci bien au-delà des gains en termes de salaires octroyés” 1.

Cette augmentation des salaires fut également instrumentale dans le passage à la production et la consommation de masse, puisque les salariés avaient alors un pouvoir d'achat. Celui-ci fit un bond après la seconde guerre mondiale, puis pendant les fameuses “Trente glorieuses”, apogée de la société de consommation (au détriment du Tiers Monde et de l'environnement naturel). Puis, n'oublions pas les nombreuses luttes sociales qui ont parsemé le XXème siècle; elles ont réduit le temps de travail, augmenté les salaires et élargi la protection sociale.

Enfin, depuis les années 1980 et jusqu'à aujourd'hui, nos salaires ont stagné et parfois diminué. En 2007, une étude de l'INSEE montrait une stagnation du revenu salarial moyen en France sur cette période – période de croissance économique et d'augmentation spectaculaire des loyers. Cette étude exploitait un nouvel indicateur qui intégrait les salariés à temps partiel ou alternant périodes de chômage et d'activité en une année. Sur la période, leur nombre a presque doublé ce qui a fait contrepoids à la légère augmentation des salaires pour les salariés à temps complet (revalorisations du SMIC). Entre 2000 et 2007, les salaires ont même reculé de 0,2% 2.

Pour expliquer cette dégradation, voici deux points de vue éclairants:


"Aujourd'hui, alors que le salariat est plus hégémonique que jamais parmi les actifs, et bien que les statuts précaires d'emploi soient encore minoritaire en termes de stocks, l'insécurité et l'instabilité de l'emploi se généralisent. Les CDD et les l'intérim deviennent la norme d'entrée sur le marché du travail, débouchant de plus en plus difficilement sur l'emploi stable. Parallèlement, la faiblesse et la division syndicales sont sans précédent et fragilisent la défense des travailleurs, tandis que la sous-traitance et la multiplication des très petites entreprises (système de franchise) font éclater les collectifs de travail et concourent à la désertification syndicale. C'est dans ce contexte que le patronat, notamment sous sa forme de multinationales, et les gouvernements de droite ou de gauche à orientation néo-libérale ou ultra-libérale ont déclanché une vaste offensive contre les salariés, en cassant et en remettant en cause une par une ses protections et garanties collectives : réformes des retraites, de la Sécurité sociale, de l'assurance chômage, workfare et casse du droit du travail."
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"[Les travailleurs pauvres] Plusieurs causes expliquent ce phénomène (faiblesse des salaires, essor du temps partiel et fractionnement des emplois), mais un élément structurel majeur le met en perspective : la tertiarisation du prolétariat. En effet, ce nouveau prolétariat des services constitue une immense armée de réserve apparue avec la désindustrialisation de notre pays; ils sont devenus les soutiers de l'économie mondialisée."
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Le salaire est une arnaque

Au niveau purement financier et quantitatif, le salaire actuel est une arnaque. Comme l'explique l'économiste Bernard Maris: “Entre 1980 et 2003, pendant que le chômage de masse s'installait, la part du salaire dans la richesse nationale est passée de 77 à 68%”. Et alors? "ça nous fait une chute de 8%. Sur un PIB de 1 500 milliards d'euros, c'est 120 milliards de moins." Où est parti cet argent? "Il se retrouve dans la poche du rentier et dans l'investissement mécanisé. Le chômage fait pression sur les salaires. L'argent économisé sur les salaires permet des gains de productivité. Il part dans les bulles immobilières aujourd'hui, boursières hier." 5

Le salaire est une arnaque car il est trop faible, et n'est absolument pas indexé sur le mérite. Pourquoi un banquier ou un politicien gagnent-ils plus qu'une infirmière? Pourquoi un sportif de haut niveau peut-il gagner en un mois ce qu'un facteur ne gagnerait pas en une vie?

Marx, dans Le Capital, avait observé que le seul but d'une entreprise est de réaliser des profits en vendant ses produits plus chers que ce qu'ils ont coûté. Cette valeur ajoutée ne peut-être octroyée ni sur les matières premières, ni sur les machines, mais sur les salariés. Il s'agira donc pour l'entreprise capitaliste d'obtenir un maximum de travail de ses salariés tout en les payant les moins possible. A l'époque de Marx, lorsqu'un ouvrier travaillait une journée complète, la moitié de la valeur qu'il avait créée au cours de cette journée lui était reversée sous forme de salaire, l'autre moitié allait à l'entreprise. Ce rapport est à peu près le même aujourd'hui.

Enfin, le salariat est une arnaque dans son principe même, dans le fait qu'il formalise un rapport de dépendance et de subordination entre un employeur et un employé, entre un supérieur et un inférieur. Entre le droit d'exploiter et le droit d'exister.

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"Les ouvriers [...] doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire: "Abolition du salariat", qui est leur objectif final."
Karl Marx


Pour se détendre:

  • 1. Wikipedia
  • 2. Salaires en France : la grande stagnation, L'Expansion, 29/11/2007 (en ligne ici)
  • 3. Evelyne Perrin - Nouvelles luttes de classes - 2006, page 133
  • 4. Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin - Recherche le peuple désespérément - 2009, page 63
  • 5. Patricia Sudolski - Vous croyez que ça m'arrange d'être chômeuse ? - 2005, page 55